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Le "remplacement"
du CPE équivaut en réalité à un retrait ou une abrogation qui ne dirait
pas son nom... Avec ce dénouement se pose de façon encore plus criante
la question suivante : et maintenant, quel avenir pour notre pays ? Plusieurs
constats peuvent en effet être dressés, quelques jours seulement après
l’apparente sortie de crise : du sempiternel recours à l’Etat à la méconnaissance
des rouages économiques, en passant par l’oubli du système éducatif ou
l’omnipotence illégitime des syndicats, rien n’est fait pour préparer
un plus bel avenir...
1 - La protection salvatrice de l’Etat
La solution préconisée (renforcer la panoplie des contrats aidés) reflète
bien l’attitude coutumière de notre pays : appeler l’Etat à la rescousse
! Personne surtout ne doit miser sur l’esprit de responsabilité des entreprises
et des chômeurs ou salariés... Personne surtout ne doit compter sur la
vigueur du secteur privé... Personne surtout ne doit espérer un quelconque
salut des initiatives individuelles... Seule cette mère nourricière qu’est
l’Etat peut nous sauver de la pire des situations et seul l’Etat peut
vraiment savoir ce qui est bon ou pas pour notre pays ! Les discours où
chacun veut humaniser notre société sont pléthores, mais personne ne réalise
que pour atteindre cela il faut rendre à l’individu sa liberté et sa dignité,
ce qui passe par la réduction progressive de tout assistanat. Un pays
ne saura être vraiment libre que si ses habitants comptent d’abord sur
eux-mêmes avant, éventuellement, de compter sur l’appareil étatique. Aussi
celui-ci doit-il être réduit à sa plus simple expression.
2 - L’Etat, c’est nous
Ce recours perpétuel à l’Etat nous montre également que nombre de nos
concitoyens en ignorent souvent la composition. Les Français ont voulu
un système démocratique, de sorte que l’Etat est constitué de chacun de
nous, ce que nos concitoyens semblent oublier ou méconnaître. Ainsi, lorsqu’ils
se tournent sans cesse vers cette structure institutionnelle, ils se tournent
d’abord vers leurs semblables. Par leurs impôts, directs et indirects,
ils vident leurs poches de milliards pour les verser dans d’autres. Mais
la structure intermédiaire, chargée de cette collecte et de cette redistribution,
prélève un pourcentage non négligeable pour son propre fonctionnement
et ses coûts fixes. Vouloir donc toujours plus demander à l’Etat revient
à vouloir toujours plus appauvrir une partie de la France, celle qui paie
des impôts et contribue à sa croissance... Et cela ne fait que renforcer
les injustices et inégalités. Tant que notre société n’aura pas compris
que l’Etat c’est nous, nous nous complairons sans cesse dans la nécessité
de redistribuer et d’allouer des fonds sans même chercher à favoriser
la création de richesses. Et lorsque l’Etat s’endette et s’appauvrit,
c’est la France qui s’endette et s’appauvrit : ce n’est pas sans raison
que nouveau-né a sur ses frêles épaules 41 000 euros de dette publique...
3 - L’ignorance en matière de culture économique
Il faut écouter les commentaires, ici ou là, pour constater à quel point
l’ignorance économique est aberrante dans notre pays. Pour Jacques Chirac,
"le libéralisme est aussi mauvais que le communisme" ! L’International
Herald Tribune, le 8 avril dernier, évoquait le cas d’un professeur
d’économie qui, après plus de 30 ans passés à enseigner, s’est rendu quelques
jours dans une entreprise pour effectuer un stage d’immersion : "je
ne pensais pas que les gens pouvaient être heureux dans une entreprise"
s’est-elle étonnée ! Ce même journal nous indique que seuls 23 % des Français
sont capables de définir ce qu’est le PIB et une autre étude internationale
montre que plus de 60 % des Français ne croient pas en l’économie de marché
pour créer des emplois... Pas étonnant qu’avec ce type de comportements
nous en arrivions à une société où l’entreprise est synonyme de spoliation,
où la création de richesse s’apparente à de l’exploitation et où l’innovation
ne peut que générer des licenciements... Pendant des années, le discours
a consisté à louer l’action de l’Etat et à dénoncer celle des entreprises
privées. Comment alors faire passer des réformes lorsque des indicateurs
basics sont inconnus du plus grand nombre ? Comment développer le secteur
privé lorsqu’il est assimilé à un enfer où l’homme perd son âme ? Rétablissons
un enseignement économique digne de ce nom et notre pays aura alors davantage
conscience des catastrophes qu’il traverse...
4 - Le système éducatif oublié
La crise du CPE est un "gâchis" : de F. Hollande à F. Bayrou,
ce mot est employé. C’est en effet un gâchis car les véritables problèmes
rencontrés par la jeunesse n’ont pas été posés. Certes, le chômage des
jeunes est important. Mais quelle en est la cause ? Aucune réponse ! Evoquer
les défaillances du système éducatif eût été louable et profitable, essayer
de trouver des solutions eût été logique. Nous dépensons des milliards
chaque année mais nous avons toujours 15 % de jeunes arrivant en 6ème
sans savoir lire et écrire, 150 000 jeunes sortant du système scolaire
sans qualification, des centaines de milliers se pressant aux portes des
universités pour échouer au DEUG dans 60 % des cas... Les ZEP et autres
solutions miraclent semblent porter peu de fruits et J. Chirac en vient
à demander l’abaissement du niveau de culture générale lors des examens
d’entrée aux grandes écoles... Et que dire de tous ces diplômés
qui, avec une maîtrise ou un 3ème cycle, sont au chômage
depuis plus d'un an ? Quelques solutions consisteraient à imposer de la
sélection, supprimer le collège unique, développer l’apprentissage et
l’alternance, revoir les enseignements dispensés à l’université, obliger
un enseignant à avoir eu une quelconque activité dans une entreprise.
Notre jeunesse ne serait peut-être pas aussi vindicative si notre système
éducatif était aussi performant qu’on veux bien nous le faire accroire...
5 - Le mépris de la démocratie
Quant à la forme de la sortie de crise, elle est désolante. Encore
une fois, une majorité abdique devant des syndicats qui ne représentent
qu’eux-mêmes et devant une frange de la jeunesse rodée aux actions les
plus anti-démocratiques. Un sondage effectué sur le site du Financial
Times montrait que 74 % des internautes considéraient que la réforme
du CPE devait être poursuivie, l’hebdomadaire The Economist ou
le quotidien The Chicago Tribune s’étonnaient qu’un gouvernement
légitime puisse "capituler" devant la rue : c’est pourtant ce à
quoi la France nous habitue et habitue le monde entier... En renonçant
à une réforme démocratiquement discutée et votée, nos dirigeants actuels
bafouent la démocratie : ils préfèrent ménager une paix sociale sous la
menace plutôt que de tenter de réformer un pays, lequel menace de s’effondrer
si rien n’évolue. Mais il est vrai que cette menace-là est, en apparence,
moins violente ! Une telle dérive peut être sans fin : aujourd’hui, face
à leur succès, les bloqueurs et grévistes de tout ordre commencent à exiger
le retrait du CNE, des récentes mesures sur l’apprentissage... Et qui
sait jusqu’où une telle démagogie anti-démocratique peut aller ! Si l’on
veut restaurer les mandats impératifs et la loi du plus fort, changeons
alors de système politique...
6 - Des syndicats renforcés mais d’un autre temps
De cette crise, les syndicats sortent renforcés. Peu importe que leur
représentativité date du communiste Thorez en 1946 et qu’ils ne représentent
que 8 % des salariés (pour la quasi-totalité des fonctionnaires) ! La
majorité a aussi abdiqué devant ces derniers, alors même qu’ils n’étaient
concernés en rien par la loi sur l’égalité des chances. Il faudrait rénover
intégralement le cadre de cette représentativité et arriver à une situation
où les syndicats seraient responsables, forts et pramatiques car représentant
un très grand nombre de salariés du privé. Il faudrait retrouver l’esprit
qui animait Margaret Thatcher, elle qui mit des années à briser le despotisme
sans limites des unions et qui permit ainsi à la Grande-Bretagne
de retrouver compétitivité, responsabilité et plein-emploi. Il faut supprimer
leurs privilèges, leur imposer de respecter la loi, les sanctionner fermement
lorsque nécessaire (notamment en cas d’infraction au devoir de réserve).
7 - L’illégalité a force de loi
Quant au droit, malheureusement lui aussi a sombré dans les oubliettes
de la démocratie. Certes, le travail des forces de l’ordre fut très délicat
et un réel hommage doit leur être rendu. Mais le droit qui aurait dû être
appliqué à la demande des garants de la légalité ne l’a pas été : on ne
compte plus les gares, aéroports, ponts, voies ferrées dont les accès
ont été brutalement interdits. On ne compte plus non plus les divers lieux
d’enseignements fermés violemment et les violations du droit de réserve
de la part de fonctionnaires appelant à la résistance et à la grève. L’illégalité
était sous nos yeux, tous les jours, et rien n’a été globalement fait
pour faire respecter la loi et les libertés de circuler, travailler, étudier...Le
ministre de l’Intérieur a même dû se faire prier pour faire libérer la
Sorbonne ! Que pèsent les droits et libertés garantis par la Constitution
face à la démagogie et les menaces ? Visiblement pas grand chose... Et
pourtant, ceux qui sont sensés les faire respecter sont les premiers à
les piétiner : la violence légitime existe dans notre droit pour mettre
un terme aux violences illégitimes. Utilisons-la !
8 - Quel présent et quel avenir ?
Notre présent est sinistre : nous sommes la risée du monde entier, les
plus volontaires d’entre nous sont démoralisés et l’on s’enfonce encore
plus dans les sables mouvants de la facilité... Quant à notre avenir,
il l’est tout autant : une partie croissante de la jeunesse fuit notre
pays et vide celui-ci de son énergie et de sa force, les remèdes sont
encore plus douloureux à mesure que le temps passe, notre société perd
progressivement son influence et ses repères, ceux qui agissent sont voués
aux gémonies des conservateurs archaïques, etc... Continuer le combat
pour un véritable Etat de droit, pour une réelle libéralisation de notre
économie, pour un retour au mérite est de plus en plus difficile. A. Camus
disait que "le signe de la jeunesse, c’est peut-être une vocation magnifique
pour les bonheurs faciles. Mais surtout, c’est une prétention à vivre
qui touche au gaspillage." A l’aune de cette phrase, notre pays est
bien jeune et immature tant il gaspille ses ressources...
L’action politique se nourrit d’une espérance humaniste : lorsque la désespérance
commence à s’approcher, il y a de quoi s’inquiéter. Et aujourd’hui je
suis inquiet, triste. Mais je n’en tire que plus de force pour poursuivre
ce qui fait l’âme de mon engagement politique : mes convictions et mon
amour de la France !
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Nota bene : cet article ne cite aucun nom. Volontairement.
Mais bien qu’il soit difficile d’établir clairement les responsabilités
des uns et des autres, j’estime que le Premier ministre n’a pas eu le
soutien qu’il devait légitimement avoir, notamment de son propre camp.
N. Sarkozy, rupturologue convaincu, s’est soudain amollit... Et ceux qui
en février votaient le CPE décident finalement aujourd’hui de le remplacer.
Pourtant, ce sont les mêmes que ceux qui, en début d’année, refusaient
d’abroger un article portant sur les bienfaits de la colonisation française
au motif que procéder à un nouveau vote eût été un véritable dédit ! Belle
logique de certains de nos parlementaires UMP...
D'ACCORD
? PAS D'ACCORD ?
12.04.2006
liberonslesverites@free.fr
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