EDITORIAL

... du 18.02.2006


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LORSQUE L'ERREUR VIENT CAUTIONNER L'AVEUGLEMENT...

Une enfant cherchait à savoir pourquoi sa mère découpait tout le tour d'une tranche de bacon avant de la mettre dans la poèle... Ignorant la réponse, la mère alla interroger sa propre mère, qui faisait de même. Mais cette dernière ignorait elle aussi la réponse et alla interroger sa propre mère, qui agissait pareillement et qui lui répondit qu'elle faisait ainsi pour pouvoir mettre la tranche de bacon parfaitement à plat dans la poèle, sans déborder... Sa fille, sa petite-fille et son arrière-petite-fille répétaient ainsi un geste sans même en connaître la raison !

Aujourd'hui, ce travers est devenu banal et à force de répéter des erreurs, ces dernières finissent par revêtir tous les aspects extérieurs de la vérité. Rectifier cet errement est assez difficile : le regard porté sur la colonisation est en l'exemple récent le plus médiatique.

Ce qui est plus dangereux, c'est lorsque ces erreurs servent d'arguments pour défendre des thèses idéologiques ou aberrantes. Ces dernières sont en effet indéfendables avec les seuls éléments de la vérité et les partisans de l'aveuglement ne peuvent que se draper alors dans les habits éclatants de la malhonnêteté intellectuelle.

A l'heure où les caricatures de Mahomet font beaucoup parler d'elles, un argument est souvent avancé pour défendre la violence de l'Islam : les Catholiques ont fait de même avec l'Inquisition. Mais c'est là totalement méconnaître l'histoire et ses méandres. Si ceux qui avançaient ses arguments connaissaient réellement, avec objectivité, le contenu des Inquisitions, ils recourraient à d'autres moyens de défense tant l'argument est fallacieux.

En effet, il n'y eut pas une seule Inquisition, mais trois : médiévale, espagnole et romaine. Parler d'Inquisition sans précision n'a pas de sens, ce qui est accentué par la durée de l'ensemble (environ 6 siècles). Par ailleurs, les évêques n'avaient pour rôle que de faciliter la tâche des juridictions civiles et les plus zélés pouvaient être emprisonnés à vie (Robert Le Bougre en 1241). La torture était interdite, par décrets et compilation de droit canonique. Les jurys que notre société connaît aujourd'hui ont été créés lors de ces Inquisitions et le droit de la défense existait réellement. Quant aux peines, elles étaient souvent très faibles. Par exemple, de 1308 à 1323, 930 jugements ont lieu à Albi : 139 acquittements, 286 pénitences religieuses, 307 condamnations à la prison, 156 peines diverses et 42 condamnations à mort (3 par an en moyenne sur 15 ans)... Quant aux "emmurements", il s'agissait de mettre un détenu entre des murs, pas de l'emmurer vivant comme l'imagerie populaire le répète à foison !

A cela s'ajoute une erreur très regrettable et là aussi trop banale : juger le passé avec l'esprit de notre époque. En effet, comprendre et utiliser l'histoire avec nos yeux d'hommes du XXIème siècle ne peut qu'être un chemin sans issue ! Pour comprendre les évolutions du temps et faire appel aux exemples du passé afin de défendre une cause, il convient de replacer chaque élément dans son contexte et de se faire individu de la période considérée... Ainsi, ce qui, lors des Inquisitions, était réellement condamnable n'étaient pas les Inquisitions elles-mêmes mais les hérésies.

Aussi les argumentations prennent-elles un sens différent lorsque la vérité retrouve son éclat et que les erreurs sont réduites à néant. Mais la paresse et la facilité tendent à envelopper la réalité objective dans un brouillard de mensonges et d'idéologies : le combat pour la vérité n'en a que plus de valeur. Il est certes difficile tant les erreurs sont répandues, ancrées dans nos sociétés où la réflexion perd de son importance et où l'on croit aveuglément à tout et surtout à n'importe quoi. Mais lorsque la lumière se fait, c'est notre identité d'homme debout qui ressurgit... Et c'est là la plus belle des motivations.

 

 

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